La rencontre avec Anca Viséi et sa magnifique pièce « Toujours ensemble ».

« Après avoir longtemps travaillé à partir d’un répertoire dramatique (Jean-Paul Sartre – Nathalie Sarraute), je me suis tournée ces dernières années vers des textes plutôt comiques. Mais au fond de moi, cela faisait déjà plusieurs mois que je recherchais une pièce à la hauteur de «Huis clos» de Jean-Paul Sartre, que nous avions déjà tourné pendant plusieurs années.

Et voilà que je tombe nez à nez sur ce merveilleux texte d’Anca Visdéi. Comme une évidence, comme une croisée de chemins, et j’ose l’écrire, comme un destin. Tel un coup de foudre, « Toujours ensemble » s’est imposé à moi. J’ai entre mes mains un bijou de subtilité, de finesse, de réflexions, d’émotions riches et variées et de profondeur. Et après un an et demi de répétitions intensives, je peux dire en toute sincérité que c’est la pièce la plus passionnante que j’ai mis en scène en 15 ans de carrière de metteur en scène.

De quoi ça parle vraiment ?

«Toujours ensemble» évoque des aspects de la vie et de la condition humaine qui nous concernent tous, et peuvent toucher dans leur sensibilité intérieure tous les âges : la liberté, les choix de vie, le courage, les rêves, la famille, «le vivre ensemble» ou comment comprendre une personne qui n’est pas de mon pays, l’acceptation du réel et bien sûr le régime politique de mon pays.

C’est une pièce ni dramatique, ni comique, ni autobiographique, mais qui parle de la vie telle qu’elle est, à travers le regard de deux soeurs que nous verrons évoluer de leur 18 ans à leur 35 ans.

Ce n’est pas un spectacle sur l’histoire de la Roumanie, mais sur l’histoire de deux femmes qui vivent sous une dictature. A ce propos l’auteur n’a jamais voulu «prononcer» le nom de Ceausescu. C’est une pièce universelle. Et cela nous concerne tous.

Anca Visdéi nous questionne si bien : «Que ferais-je, moi, si mon pays devenait une dictature, comme dans plus en plus de pays ?». Et comme dit si bien Ioana, la soeur qui est restée au pays : «Jusqu’à quel moment le courage était de partir ? Quand le courage est-il devenu de rester ?». «Tu as eu le courage de t’en aller : maintenant nous comptons sur toi. Il faut que tu fasses savoir là-bas que nous existons et à quel prix nous survivons, qu’il ne faut pas qu’on nous oublie.»

Aurélia Aubert – Metteur en scène